Rechercher dans ce blog

4/22/2017

Les villes brûlent



« Les villes brûlent, la civilisation s'écroule mais les petits garçons songent frénétiquement à jouer aux petits soldats plus tard. »
Roger Nimier, Le Hussard Bleu

Il y aura aussi la défaite des hommes



« Dans les guerres d'antan, les hommes pouvaient se prévaloir de donner la mort et de la recevoir au nom de la patrie. Aujourd'hui, nous, les femmes, nous partageons ce privilège. Et cela nous transforme, nous confère plus d'aplomb. À la fin de cette guerre-ci, à côté des nombreuses défaites, il y aura aussi la défaite des hommes. »
Une femme à Berlin, Journal.

Profonde est la haine




« Profonde est la haine qui brûle contre la beauté dans les cœurs abjects. »
Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre

Ils n'avaient plus qu'à vieillir



« Les garçons qui ont pris figure, ils meurent : c'est normal. Ils n'avaient plus qu'à vieillir, à continuer comme une démonstration. L'algèbre ne passionne pas le Seigneur. Au contraire si on ne se prononce pas, si on attend, si on respire, on a ses chances. On intéresse Dieu. »
Roger Nimier, Le Hussard Bleu

On est des consommateurs.


"- On est des consommateurs. On est des sous-produits d’un mode de vie devenu une obsession. Meurtres, banditisme, pauvreté, toutes ces choses ne me concernent pas. Ce qui me concerne moi ce sont les revues qui parlent de stars, la télévision avec 500 chaînes différentes, les slips avec un grand nom marqué dessus, le viagra, les repas minceurs...
- Madame Propre ?
- J’emmerde madame Propre ! Madame Propre elle astique les cuivres du Titanic ! Tout est en train de couler, mec. Alors merde ! j’emmerde tes canapés à motif, tes strings à rayures vertes bordel ! Moi je te dis ne soit jamais complet, je te dis arrête d’être parfait. Je te dis qu’il faut évoluer et que ce qui doit arriver arrive..." 

Tyler et le narrateur (Jack)

Mabel était presque nue



"Mabel était presque nue sous sa robe, mais la femme la plus prête est encore harnachée de telle façon qu'il lui faut pour se livrer tout à fait deux ou trois gestes qui précisent son consentement. Gilles, en dépit de son ivresse, remarqua la sûre rapidité des mains de Mabel. Un peu plus tard, il sut ce qu'il aurait dû savoir depuis le premier jour qu'il l'avait vue à l'hôpital. L'exactitude de sa réaction prouvait son expérience. Myriam. Elle était son bien, son seul bien. Il avait manqué de la perdre. Mabel, ahurie, vît se dresser un garçon méprisant, sifflant. 
-Combien ? 
-Quoi ?
-Combien d'hommes ?

Aussitôt il vint à la jeune femme à demi redressée un énorme sanglot qui hésita une seconde, puis, devant ce terrible visage, se déclara: Je vous aime. Ce cri toucha le débauché, l'ami des filles, mais comme une salissure. Debout, devant Mabel, complètement immobile, il la considérait dans son désordre et lui même demeurait dans le sien. Son immobilité persistante rendit tout cela odieusement ridicule. Mabel dut s'épouvanter, elle qui était si sûre de sa sincérité et que la force de son élan laissait loin en arrière un passé où beaucoup de gestes irréfléchis coulaient à pic dans l'oubli. Le silence et l'immobilité de Gilles croissaient. Il voyait ce linge se remuer, se froncer et se froisser et se friper dix fois, en d'autres mains. Une même fleur ne peut se faner et renaître. 
- Vous avez déjà couché avec beaucoup de types, insista-t-il avec un mépris rageur. Ce mépris, en avilissant la jeune femme, l'avilissait lui. Il voulait dire: "Vous êtes médiocre. Mais vous n'avez pas l'ombre d'une idée de ce qu'il y a en moi. Vous ne savez pas quelles profondeurs j'ai atteintes en moi, à la guerre." Il aurait pu dire bien des choses tout bas. Mais c'était donner trop de poids à son silence. Il grogna à haute voix: J'aurais pu m'en douter. Mabel avait balbutié: 
-Mais voyons, Gilles, comment pouvez-vous me croire...? Mais non. 
-Enfin, vous avez déjà couché...
-Mais non... Si... Mais est-ce que cela compte? Je vous aime. Vous êtes le premier qui... Vous ne comprenez donc pas, vous ne comprenez donc rien..."


Pierre Drieu La Rochelle, Gilles

L’histoire de ma vie


"L’histoire de ma vie est celle du combat entre une envie irrésistible d’écrire et un concours de circonstances vouées à m’en empêcher."


Francis Scott Fitzgerald, "Qui est qui, et quoi  ?"

2/24/2017

On n’est pas bien là ?


"On n’est pas bien là ? Paisibles, à la fraîche, décontractés du gland… Et on bandera quand on aura envie de bander !"

Bertand Blier, “Les Valseuses” 1974




Un pays se dessinait autour des buveurs


Le vin glacé exaspérait cette fraternité secrète. Un pays qui n’existait pas sur les cartes et non plus dans les livres d’histoire se dessinait autour des buveurs. Il n’était pas besoin de langage.” 
André Fraigneau, “Camp Volant”


Dans une société qui ne sait plus rien de l'Ascète, ni du Guerrier


“Dans une société qui ne sait plus rien de l'Ascète, ni du Guerrier; dans une société où les mains des derniers aristocrates semblent faites davantage pour des raquettes de tennis ou des shakers de cocktails que pour des épées ou des sceptres; dans une société où le type de l'homme viril – quand il ne s'identifie pas à la larve blafarde appelée “intellectuel” ou “professeur”, au fantoche narcissique dénommé “artiste”, ou à cette petite machine affairée qu'est le banquier ou le politicien – est représenté par le boxeur ou l'acteur de cinéma; dans une telle société, il était naturel que la femme se révoltât […]

Alors que l'éthique traditionnelle demandait à l'homme et à la femme d'être toujours plus eux-mêmes, d'exprimer par des traits de plus en plus nets ce qui fait de l'un un homme, de l'autre une femme – nous voyons la civilisation moderne se tourner vers le nivellement, vers l'informe, vers un stade qui, en réalité, n'est pas au-delà, mais en-deçà de l'individuation et de la différence entre sexes. […]

De même que la plèbe n'aurait jamais pu se répandre dans tous les domaines de la vie sociale et de la civilisation s'il y avait eu de vrais rois et de vrais aristocrates, ainsi dans une société gouvernée par des hommes vraiment virils, jamais la femme n'aurait voulu ni pu emprunter la voie sur laquelle elle chemine de nos jours. |…]
Aussi la vraie réaction contre le féminisme et contre toute autre déviation féminine ne devrait-elle pas s'en prendre à la femme, mais à l'homme.“


Julius Evola, Révolte contre le monde moderne

1/21/2017

Je déteste ces gens simples qui restent assis


- Lui : mène une vie plus simple !

- Elle : je déteste ces gens simples qui restent assis, avec des vêtements ternes, dans de tristes chambres à siroter du thé à la menthe, à la lumière de bougies. Ils sont sans le vouloir du côté de la mort. La mort est simple mais la vie est riche. Alors plus c’est compliqué, mieux c’est.

Cela me donnerait ce côté humain et touchant

Club Roger Nimier
François Cevert
« Le seul avantage serait d’acheter une voiture de course qui me permettrait de me tuer : cela me donnerait ce côté humain et touchant qui me manque prodigieusement, si j’en crois les critiques. »

Roger Nimier, Les Enfants tristes

La rumeur publique




23 août 44. Je suis arrêté par des gens qui ne sont nantis d’aucun mandat.


29 août. Six jours plus tard. La fiche officielle - et secrète - qui me concerne à la Commission de Contrôle  porte ces mots: "MOTIF DE L’ARRESTATION : IGNORÉ"30 septembre. Mon “dossier” qui se trouve entre les mains de M. Cagnard, à la police judiciaire, ne comporte pour tout “chef d’accusation” que ces deux mots:"RUMEUR PUBLIQUE"


16 octobre. Je fais la connaissance de M Angéras, Juge d’Instruction. il me questionne. Je réponds. Et je m’aperçois qu’il n’en sait pas plus long que moi. La preuve en est que:18 octobre. Deux jours plus tard. M Angeras - ce qui ne s’était jamais vu - fait passer une note dans les journaux disant que "M. le Juge d’Instruction Angéras attend que des dénonciations lui soient adressées concernant M. Sacha Guitry".Le cher homme en était encore à “rumeur publique”.

Sacha Guitry - Quatre ans d’occupations 

Ya des mythes qui valent mieux que la réalité


« Dans l’univers de la pègre ya des mythes, des figures de légende…les jeunots c’est leur panthéon, leurs icônes…Loutrel, Buisson, Jo Attia, Feufeu, Abel le Mammouth…Spirito et Carbone. Ils rêvent de les imiter, les égaler, comme le jeune bourgeois qui veut devenir Fabius, Giscard d’Estaing ou Philippe Sollers. On se demande si ça vaut mieux »

Alphonse Boudard

Le bonheur moderne de l'imposture




"Je suis convaincu que, pour certaines âmes, il y a le bonheur de l'imposture. Il y a une effroyable, mais enivrante félicité dans l'idée qu'on ment et qu'on trompe ; dans la pensée qu'on se sait seul soi-même, et qu'on joue à la société une comédie dont elle est la dupe, et dont on se rembourse les frais de mise en scène par toutes les voluptés du mépris."

Jules Barbey D'Aurevilly, les Diaboliques

12/29/2016

Requiem pour un Hussard éternel : Adieu Michel Déon


Derrière le tragique des trépas, se cache paradoxalement certains bienfaits: pendant quelques heures ou jours selon la publicité accordée, on évoque le talent, l’influence ou les raisonnances de ceux que les anges ont eu le mauvais gout de rappeler à leur cotés. La lumière médiatique se charge alors d’éclaircir, entre archives, témoignages et biographies, le passage ici-bas des tout frais défunts. C’est dans ce court interstice que vivants et morts, oublieux de cette fragile et dérisoire cloison qui les sépare, continuent de fleurir coude à coude. L’écrivain Michel Déon vient de nous quitter. Ce n’est que partie remise, tant il a de bonnes raisons de nous apparaître immortel. Réfractaire en habit vert, son oeuvre, toute entière colorée de délicieuses incertitudes et de plaisirs partagés, est inscrite pour continuer sa propagation d’enchantements. Sans doute l’ignoriez-vous, mais le parfum déonien continue d’aimanter des générations d’apprentis aventuriers, de lectrices avides de courtoisies chevaleresques, de rêveurs en quête d’un monde où rien n’est résolu… Une arche, ou tout au moins une famille d’âmes exigeantes, qui possède aujourd’hui quelques bonnes raisons de se sentir bruyamment orpheline. Eric Neuhoff, chef d’escadrille en déonie, l’avait trop bien perçu « les livres de Déon furent notre cour de récréation. Nous y avons appris à jouer, à vivre, à aimer. » Il est difficile, malaisé même, parlant de ces écrivains qui influent, de faire la part entre la dette et la légende, l’influence des ombres ou des lumières qu’ils ont su propager, mais pour tout le bonheur du monde, il ne faudrait jamais oublier ce jeune homme éternellement vert qui, après une odyssée de près d’un siècle vient d’être rappelé pour un déjeuner de soleil bien mérité avec le Dieu pâle.
Que de sentiers parcourus par Edouard Michel depuis sa naissance à Paris en 1919. Très tôt, on le souhaite mobile, il bivouaque, d’abord à Monaco, puis flottant à Nice. Il lit beaucoup, navigue non moins, accompagné de son père, conseiller à la cour du prince Louis II. C’est une enfance heureuse, du moins comme peut l’être celle d’un fils unique qui voit son modèle disparaitre pour ses 13 ans. « Nos plus ineffaçables chagrins sont d’enfance. Le reste de l’existence se passe à les défier ou à redresser des ruines. » Revenu à Paris, lycéen à Janson-de-Sailly, Edouard Michel, un moment tenté par le communisme, prend au lendemain des manifestations du 6 février 1934 sa carte de lycéen d’Action Française. Au delà des outrances de langage et des égarements conceptuels, ce mouvement offre une caisse de raisonnance au long cortège d’allégresses anarchiques de l’adolescent, elle lui tient lieu d’école, de rencontre et d’éveil. Michel Déon, nostalgique des grandeurs fanées, demeurera sa vie durant monarchiste. De coeur, de raison, ou par baroud d’honneur, sans doute considère t-il que c’est bien plus beau quand c’est inutile.

1939. L’abîme où nous menèrent les diplomaties de Versailles ne sauraient ébahir ceux qui, en lecteurs attentifs de Jacques Bainville, ont désespérément vu grossir l’hydre du ressentiment allemand. Déon n’est donc pas surpris, juste dépité d’avoir vu l’orage rugir et les Cassandres méprisées. Fantassin, il a vingt ans et ce qui lui reste de naïveté derrière lui. Il se bat dans les Ardennes, échappe de justesse à la captivité. Au contact de compatriotes de tous horizons confondus, il s’imprègne et muri. Cette fraternité des ruines lui garantira sa vie durant un puissant vivier créatif: « tout le temps où un écrivain voit les autres il cesse de regarder son nombril ». En novembre 1942, il rejoint Lyon, devient secrétaire de rédaction à L’Action Française auprès de Charles Maurras. Edouard Michel va chercher ses articles, reçoit ses conseils, lui sert de chauffeur, parfois d’oreille, et peu à peu le vieux maitre devient pour lui une sorte de père de substitution, même s’il sait notamment vis à vis de la question juive, s’en écarter; « il n’y a rien de tel pour respecter un homme que d’en connaître les faiblesses ». Encombrant héritage, mais Déon n’en a cure, il est et restera fidèle, en amitié comme en admiration. Ce qui continuera de lui valoir de tenaces a priori. Fuyant le journal saboté, il débarque à Paris quelques jours avant la Libération. Encore et toujours à rebours, il « aurait aimé participer à la joie générale, si basse fut-elle, mais quelque chose (le) retenait, une tristesse affreuse à la pensée de ces millions de morts sur qui la victoire était bâtie et dont nous aurions du en ce jour nous souvenir en silence. » Paris libéré, mais Brasillach fusillé, Drieu suicidé, Maurras enfermé. Par capillarité littéraire pris de justice, Déon se retrouve deux ans privé de carte de presse. Les bruits de la guerre venaient juste de s’éloigner, mais il avait gardé le goût de l’aventure. N’aspirant qu’à vivre sa jeunesse par la guerre envolée, Déon suit sa bonne étoile buissonnière, il voyage. Rien à voir avec l’errance de troupeaux contemporaine, sous ses semelles cette quête d’ailleurs reprend une allure qu’on aimerait seulement pouvoir encore imiter, peuplée de découvertes allaitantes et de mystères familiers. Sous noble patronage, sur les pas de Stendhal ou Larbaud, «parcourir le monde redevient une aventure heureuse, une manière de tenter de nouvelles chances.» L’écrivain Jacques Chardonne résumera quelques années plus tard la technique d’exploration déonienne: « Déon ne voyage pas comme nous ; il s’incruste. Esprit un peu lent, qui cherche ses propres sources. Il creuse. » Déon prend un peu d’air avant de se lancer dans la mêlée, il se bronze l’âme et virevolte déjà dans l’existence comme il écrit: à sa guise, peaufinant ce quelque chose que beaucoup ne tarderont pas à lui lui envier, cette zone obscure et féconde qu’on nomme communément l’art de vivre.
Entre-temps un grand souffle de bonne volonté a entrepris d’abreuver le pays: les lumières du Plan Marchall scintillent dans les coeurs, on quitte les abris pour les caves, on découvre le jazz, Jean Paul Sartre et son fatras conceptuel qu’on éleva au rang d’opium du peuple: l’existentialisme. La grande famille des Lettres su profiter de ces étourdissements. Prenant gout aux excommunications, elle se repris, par commodité et sous liste noire, à traiter les adversaires de fasciste. Déon comprend qu’au fond la guerre n’est pas finie; de la chaude à la froide, elle s’habillait désormais littérairement d’un label, le roman devait s’enticher d’engagement. À la veille des années cinquante de prometteuses étincelles de dissensus émergent en ordre dispersé, notamment une poignée de jeunes frondeurs qu’une légende tenace réunira sous les traits martiaux du hussard, avec Roger Nimier, Jacques Laurent et Antoine Blondin pour tête de gondole. L’histoire littéraire a offert une postérité à cette appellation, acceptons-le, profitons-en, d’autant qu’à bien y regarder, cette école de la désinvolture, auquel on ajoute rapidement Michel Déon (et quelques autres), n’est pas dénuée de fondations. Sans chef ni manifeste cet attelage partage quelques goûts communs, aussi simples, tenaces et essentiels que le rejet d’un supposé sens de l’Histoire, une fâcheuse tendance à ne pas se courber devant les conformismes, une bonne éducation dans le choix des tristesses, un certain appétit pour l’absolu sentimental, le lever de coude ou la religion de l’amitié. Cela paraît aujourd’hui bien banal, presque conforme. C’était pourtant déjà trop de libertés pour le zèle des maitres-censeurs qui réclamaient déjà la conjonction de la pensée et de l’écriture. Comme le mauvais bétail et les hors-la-loi, ces jeunes hommes pressés se retrouvèrent étiquetés: déviants, comprenez de droite. Malgré l’évangile en vigueur, le refus de troquer le plaisir contre le devoir maintiendrait cette réaction néo-classique à contre-courant. Roland Laudenbach pressentant « les frémissements d’une école de l’insolence », saisit la nécessité d’affuter les armes et de réunir les insolences. Contre la nausée et l’asphyxie des temps, il crée les éditions de la table ronde, « agréable refuge où régnait un climat d’improvisation ingénue ». Cette fratrie s’entiche, charge ou chahute, mais chacun vole de ses propres ailes.
Sans foi ni roi, Michel Déon, par simple plaisir de baguenauder sans chaine ni collier, continue de suivre l’inclinaison de sa curiosité. A son retour d’un voyage d’un an à travers les États-Unis, il revient au journalisme, tient la rubrique théâtrale d’Aspects de la France, chronique ses émerveillements pour la Gazette de Lausanne, Paris Match, Marie-Claire ou à la Parisienne, squatte l’appartement d’Antoine Blondin, brule quelques chandelles chez les limonadiers, devient conseiller littéraire aux éditions Plon, sympathise avec Coco Chanel, Marcel Aymé, André Fraigneau, Jean Cocteau ou Salvador Dali.. Au delà des coteries, Michel Déon commence surtout à publier quelques romans emprunts de banalités somptueuses, peuplés de chevaliers déchus et de frivolités profondes, tels que Je ne veux jamais l’oublier (1950), Les Trompeuses Espérances (1956), Tout l’amour du monde (1956)… Remarqués, ils ne trouvent encore d’autre succès que d’estime, grappillant quelques prix et l’éloge de glorieux ainés en instance de décontamination. Conséquence d’une labeur qui tranche avec sa réputation nonchalante, les fresques de Déon prennent de l’ampleur, son ami Paul Morand le note : « sa palette s’est simplifiée, ses portraits se sont touchés de caractère, son trait a gagné en muscle, sans perdre de sa gaieté foncière ».
Tout ne saurait être rose, « Paris était plein de pièges pour les curieux, plein de réminiscences, de regrets, de désirs. » Des années de noctambulisme rigoureux ont rendues l’atmosphère de la capitale avilissante. Pour « fuir la nuit où l’on périt à petit feu », Déon choisi l’exil. Loin des transhumances saisonnières et des clubs Méditerranéen, il prend le large et s’y installe; le voyage devient pour lui une manière de s’enraciner. Déon se plait surtout dans les îles, ces « défis insensés lancés à la mer », et ses peuples où une « humanité en réduction s’y révèle sans masques ». LGrèce, l’Irlande et l’Académie Française deviendront ses « arches de Noé », ses refuges, en même temps que celui des dernières aristocraties: « Elles sont pauvres, on y vit donc sans besoins, elles sont riches en beautés, on y vit donc dans l’illusion.» Il n’est pas un voyageur comme on l’entend communément, plutôt un flâneur. Ce « nomade sédentaire » comme le surnomme Paul Morandne se contente pas d’observer le monde, il se l’approprie pour en faire l’objet d’une méditation, teintée de nostalgie bienveillante: il crée ni plus ni moins un style de vie qui se confond avec un style littéraire. « Il ne faut espérer trouver qu’un même éclairage: celui d’un écrivain qui aime les mots plus que les idées, la beauté des êtres plus que la beauté des choses, le coeur plus que de l’esprit. » Disponible aux élans qui mènent au bout des rêves, cet écrivain de l’immersion balade sa plume dans divers fugaces édens pour nous les restituer, la verve haletante et le rictus gorgé de complicité: « J’ai décidé depuis assez longtemps de vivre sur une planète dont je ne serai pas le lugubre croque-mort, mais l’amusé spectateur au cœur sensible ». Face au progrès qui a force de niveler rend tout indistinct, il glane ce qu’il reste au bon goût de lueurs et d’éclats, cueille les derniers éclats d’héroïsme dans les décadences, remue les cendres, tente de les arracher à la nature pour l’annexer à sa civilisation, la seule déontologie qui vaille, celle de ses livres.
« A une certaine époque, écrivait Blondin, la France commença à perdre ses colonies et beaucoup de l’empire qu’elle aurait dû conserver sur elle même». Déon et ses camarades rompent avec leur vocation au désengagement:, ils soutiennent une cause perdue d’avance forcément, la défense de l’Algérie française. Refusant de porter le deuil d’une grandeur évanouie, Déon vadrouille quelques mois en Algérie, rédige reportages, articles et récits, ferraillant jusqu’à la fin de cette guerre qui n’ose dire son nom, contre les reniements et l’air constipé des gouvernants.« Le simple fait de voir ses craintes justifiées donne au moins la satisfaction d’avoir vu la débâcle arriver. » Face à ce morceau de France qui se détache, Déon et son quarteron de vagabonds célestes lèveront leur irrévérence pour mieux contempler l’agonie d’une France raccourcie. Cela finira de ternir leurs réputations et de détourner définitivement Michel Déon de l’hexagone et provisoirement du roman, il s’abstiendra dix ans. Choix judicieux; à mesure qu’il s’éloigne, le public le rejoint. Sa gloire littéraire débute réellement à la cinquantaine avec les poneys sauvages (prix interallié 1970), le taxi mauve (Grand prix du roman de l’Académie française 1973), ou le jeune homme vert (1975).

Sanctionnant une aisance qui parait germer d’elle même, les critiques l’affublèrent d’une nouvelle étiquette, celle de romancier du bonheur. Ce n’est pas tant que ce soit infamant, juste étrange, tant chez lui cet état parait inatteignable, et lorsque par chance il se laisse effleurer, c’est enivré de la pleine conscience du précaire. Déon sait retranscrire les heures de la vie où l’on se sent le mieux vivre, il rend l’agrément des minutes condamnées: des bribes d’allégresse, un espace de vérité ou quelques murmures irrévocables guident ses pas. Ardeur à vivre et renoncement, ses romans aboutissent souvent dans la triste lucidité de l’échec. En toute sphère, Déon a admis qu’on n’abuse pas sans risque de sa faculté de douter et qu’aucun paradis ne fait l’économie du désenchantement, il est un pessimiste heureux, un nostalgique enjoué dans la veine de ce qu’évoque Blaise Cendrars « pour être désespéré, il faut avoir beaucoup vécu et aimer encore le monde ».
De la flanelle au tweed, Déon s’est allégé, sans jamais s’asseoir, il s’est assagi. Marié, père de deux enfants, l’esprit irlandais a fini de le captiver; « ses songes féeriques, son extraordinaire faculté de s’évader de l’épuisante réalité, pour vivre de fantasmes ». Pour les nouveaux arrivants, sans attendre le purgatoire, il toilette ses oeuvres passées, les revisite: «par respect pour les lecteurs, je me devais de donner la meilleure copie possible. J’avais l’impression d’être un professeur corrigeant un jeune élève». Modeste ou ambitieux, le plaisir est ragaillardi. L’ancien presbytère de Tynagh d’où il rayonnait hier encore, lui permettent d’entretenir sa curiosité de galvanisantes perspectives. Convertissant peu à peu son handicap idéologique en atout esthétique, il publie des récits autobiographiques: Mes arches de Noé (1978) et Bagages pour Vancouver (1985), où plus que des confidences, il livre des aveux. Sans jamais délaisser le roman : Un  déjeuner  de  soleil (1981), Je vous écris d’Italie… (1984) La Montée du soir (1987) qui lui vaudront, entre autres, une reconnaissance définitive. Le président Mitterrand le remercie « vous n’aimez pas ma politique. J’aime vos livres ». Qu’on se rassure, ni l’âge ni les honneurs ne sauront domestiquer son indiscipline organisée.
Plutôt que de se risquer à cartographier l’ensemble et de ranger l’auteur sous les épithètes, l’usage commanderait plutôt de se cantonner à une analyse succincte des personnages. Jean-Marie Rouart le note, « les héroïnes de Déon ont toujours le même destin: faire rêver, donner l’illusion de se donner et faire souffrir. » ce constat d’amertumes successifs ne saurait rester sans conséquence. La recherche de ces créatures d’une beauté effrayante, presque spectrale, donc inaccessible entraine les héros sur les précipices d’une folie qui les tentent. Instables et inadaptés, coupables de « s’être aventuré à la légère sur un terrain mouvant », ils sont trop libres, purs et obstinés pour se satisfaire de l’injonction d’une existence lisse et prédéfinie. Pol Vandromme remarquait que dans l’oeuvre de Déon « le mystère du mal empoissonne l’aspiration au bonheur; l’énergie, sans s’illusionner sur son pouvoir, porte le défi comme une élégance ». Perdus dans les brumes mélancoliques du hasard, la trajectoire de ces personnages s’articule sans s’équilibrer dans un furieux galop, le lecteur est conduit mais les héros s’égarent. À travers les brèches du fatum, ils avancent, trébuchent, s’écorchent et se relèvent; avec l’illusion qu’ils prennent leur destinée en main. De cette fatalité jamais ils ne s’écartent, anarchistes par passion de l’ordre, ces dissidents sans projets préalables fuient, lézardent ou fanfaronnent, toujours en zigzags dans les méandres d’un univers pas foncièrement préposé à leurs déambulations.
On cède souvent à la tentation de chercher un auteur dans ses romans, il n’est pas nécessaire d’ici trop forcer le trait pour voir poindre entre l’oeuvre et l’existence de l’ex-dernier-hussard plus d’un brin d’harmonie. Déon riposte: « n’avons-nous pas, nous les funambules de l’imaginaire, le droit d’inventer à notre usage une vie privée, après en avoir tant prêté à d’autres qui ne nous en savent aucun gré ? » Comme souvent avec lui, on s’accorde: il a raison. Mousquetaire d’une espèce en voie avancée d’extinction, Déon a délivré plus que des injonctions ou des maximes, une éthique : « vivons dans les délicieuse incertitudes ». En nous offrant le récit de ses plénitudes, comme le tableau de ses désordres, son oeuvre continue sa généreuse entreprise d’ensoleillement des imaginaires. Au crépuscule d’une existence rompue aux effervescences, scrutant de son bureau la joyeuse agonie d’un monde qui à mesure de désagrégation, n’était depuis longtemps plus vraiment le sien, l’immortel peaufinait son épopée d’outres tombes: Port-Amen (2019?). Un testament dont la lecture ne devrait pas manquer de rappeler à nos pauvres consciences le plus terrifiant de ses aveux, un constat qui mijote dans les songes de ceux qui s’essoufflent de trop l’avoir trop constaté: « nous allons vers un monde où il y aura de moins en moins de poneys sauvages ».

12/21/2016

On ne tue plus pour une injure


“Loi démocratique qui étend peu à peu cette dégradante protection qui fait les hommes faibles ; On ne tue plus pour une injure, et les hommes perdent leur honneur.” - Jean Raspail, Les Veuves de Santiago

12/18/2016

Roger Nimier Hussard Club, l'esprit français


En fait, la catastrophe est lente


« On supporte tout ça parce que ce n’est pas arrivé d’un seul coup, mais à doses homéopathiques, mois après mois, année après année. En fait, la catastrophe est lente, Agnès, terriblement lente. C’est une fin du monde au ralenti. »
Jérôme Leroy, Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine


Nous sommes les hommes cruels… Les hommes empaillés, appuyés les uns contre les autres, la caboche pleine de paille… Hélas. Les voix desséchées, les chuchotements que nous échangeons sont sourds et vides de sang comme le vent dans le chaume, comme le trottoir des rats sur des tessons dans notre cave sèche… Silhouette sans forme… Ombre décolorée… Force paralysée… Gestes sans mouvements… Ceux qui s’enfuient le regard droit.
Apocalypse Now, Colonel Walter E. Kurtz.

L’homme véritable veut deux choses

"L’homme véritable veut deux choses : le danger et le jeu. C’est pourquoi il veut la femme, le jouet le plus dangereux."

Nietzsche, "Ainsi parlait Zarathoustra" - La vieille et la jeune femme

J’aime beaucoup Nimier. C’est un jeune Français d’une qualité toute neuve

"14 février. 

J’ai rencontré hier soir, chez Roger Nimier, Maria Casarès et Orson Welles. J’aime beaucoup Nimier. C’est un jeune Français d’une qualité toute neuve, tout extraordinaire. Ses écrits dans la Table Ronde, ses pages, qu'il publie dans la Table Ronde, sont coupées par son intelligence comme par un rasoir. Il a un regard aigu, il pose des problèmes dans la manière précise, rapide, définitive des Français du XVIIIe. Mais le problème posé, son intelligence toute moderne intervient, cruelle et cynique. Le problème devient sec, transparent, grinçant, comme un insecte épinglé sur la plage. De son regard aigu, fin, comme porté sur deux antennes d’insecte, tl touche les ailes, les jambes, les yeux, les poils hérissés sur Ia tête de l’insecte, cigale, papillon, sauterelle, grillon. Roger Nimier est sans doute le plus intelligent et le plus libre des jeunes Français intellectuels, et le plus vif. Il possède une qualité, qui fut un défaut chez une grande partie de la génération actuelle, en France. Il n'a pas de respect pour ce que j'appellerai la tradition de la sottise pompeuse. Je crois que, dans son for intérieur, il a déjà dépassé la rhétorique de la résistance et de la collaboration. Certes il court, lui aussi, le même danger qu'une grande partie de la jeunesse bourgeoise en France : le fascisme. Mais à la française, une manière qui n’est ni celle italienne ni celle allemande. Avec des mots moins politiques, être fasciste signifie accepter les formules de la grandeur nationale, précisément. Se rendre compte que « l’Europe glorieuse » est finie, c’est déjà une preuve de liberté, et de modernisme. L'homme ne compte pas sinon comme être humain, il ne compte pas pas comme Français. L'Italien, l’Allemand, l’Anglais. Nimier rit de tout. Il a une façon toute à lui de rire qui me fait penser à celle du croyant qui rit de l’athée... Et il est inutile de remarquer que, même en France, bon nombre d’intellectuels communistes sont des convertis de fraîche date, et des simulateurs, des hypocrites, qui ont suivi l’intérêt du moment ou a la mode."

Curzio Malaparte, "Journal d’un étranger à Paris", Denoël

11/20/2016

J’en accepte d’avance tous les risques.



« Depuis quelques temps, je porte mon 38 en per­ma­nence dans un hol­ster d’épaule. L’ajuster, véri­fier le bar­il­let et m’admirer dans le miroir font par­tie des rites matin­aux. Je me sens bien. Je suis le plus beau, le plus fort, et ce truc froid sous mon ais­selle, c’est la puis­sance. C’est la mort aussi, et j’en suis con­scient. C’est mon choix.
Porter une arme, c’est réduire son espérance de vie, c’est un défi per­ma­nent, un autre stade dans l’illégalité. Si par­fois elle peut sauver la mise, elle sig­ni­fie aussi la com­pli­quer. Être en mesure de tuer sig­ni­fie aussi devoir affron­ter de la part de l’adversaire une réac­tion beau­coup plus forte. Une arme, il faut l’assumer. Mais j’ai décidé que cela fai­sait par­tie du per­son­nage que j’ai créé et je m’en servi­rai quand il le fau­dra. J’en accepte d’avance tous les risques.
J’ai vingt-trois ans, la folie de la jeunesse et tout me réus­sit. Chaque matin, je m’offre mon petit défi per­son­nel. Je joue à la roulette russe avec moi-même. Une seule balle, un geste du poignet et clic! Mais je sais quel mou­ve­ment je dois don­ner quand je fais tourner le bar­il­let avec le doigt pour faire en sorte que la balle se retrouve vers le bas. Puis j’appuie le canon sur ma trempe.
Fou, peut-être. Mais incon­scient, pas du tout. Je relève tou­jours le canon de quelques cen­timètres une frac­tion de sec­onde avant d’appuyer sur la détente. Le clic mati­nal du chien qui frappe à vide me con­firme dans la pen­sée que j’ai encore gagné et que la journée sera belle. Ça m’a servi à impres­sion­ner Bobby et Harry, réelle­ment admi­rat­ifs devant tant de courage. Ils ignorent que, grâce à un geste répété des cen­taines de fois, je sais per­tinem­ment que je ne cours aucun dan­ger. Cela, ils n’ont pas besoin de le savoir. C’est pour cela que je suis le chef!
Mais, ce matin, la balle, en se logeant dans le pla­fond, m’a rap­pelé que je n’étais pas infail­li­ble. Ce n’est ni la déto­na­tion ni la brûlure sur la peau de mon crâne qui m’ont aba­sourdi, mais le retour à la réalité. »
Par­o­die, Cizia Zykë, 1987.

Une fin du monde sans importance



Xavier Eman, journaliste indépendant, rédacteur en chef de Livr'Arbitres, vient de publier son premier livre : Une Fin du monde sans importance (éd. Krisis). Cet ouvrage compile les chroniques de l'auteur parues dans la revue Éléments et sur son blog A moy que chault. Dans un style drôle et grinçant, on y suit les aventures d'un anti-héros, François, se débattant et résistant, parfois malgré lui, dans un monde moderne, absurde et sans âme

Resisting decadence



D. H. Lawrence
H. P. Lovecraft
Gabriele D’Annunzio
Filippo Marinetti
W. B. Yeats
Knut Hamsun
Ezra Pound
Wyndham Lewis
Henry Williamson
Roy Campbell

Faire couler du sang frais


"Faire couler du sang frais dans le corps inanimé d'une Europe, hâve, exsangue, persuadée elle-même de son infirmité à se battre, convaincue que "victorieux" est synonyme de "monstrueux", "médiocre", "criminel". Retour, donc, à un éloge de la volonté de vaincre, du courage de conquérir. Quelle qu'en soit l'issue. La vie, la mort. La conscience, l'inconscient. Le confort ou le coquard. Les Grecs, pour s'entraîner et exercer quotidiennement leur volonté pratiquaient tous pour la plupart, entendons les mâles citoyens à Athènes, les hommes de Sparte, la lutte, la boxe, le pugilat ou le pancrace, sorte de mélange des trois premières disciplines où tous les coups étaient permis. Coups de poing. Coups de pied dans les jambes, l'estomac ou le ventre. Torsions. Clés. Morsures. Étranglements. N'était interdit que le fait d'enfoncer les doigts dans les yeux ou les autres orifices du visage. 

Imaginons, un instant, la violence de ces affrontements. Et par lien de causalité la dureté des entraînements... Rien à voir avec les sports du XXIème siècle. Sorte de jeux aseptisés. Ou les règles sont plus nombreuses que les autorisations. Et les droits bien moins abondants que les interdictions. Tout est balisé pour que le sportif, l'être humain, ne se blesse pas. Et que s'il se blesse, ce ne soit la responsabilité de personne. Prendre des risques qui n'en sont pas. Se donner l'illusion du danger, alors que tout est maîtrisé, contrôlé, et que finalement il n'arrivera jamais rien du tout. A qui que ce soit. 
D'où le recours au philosophe-voyou. Au Fight Club. Sorte de réunion hebdomadaire où des hommes se rassemblent pour se "foutre sur la gueule". L'idée est simple. Pas de règles. Ou bien très peu. Lâcher quand un camarade demande grâce, par exemple. Faire durer les combats aussi loin qu'ils peuvent aller...
Pour le corps et l'esprit, le risque entier surgit alors. Risque de perdre son intégrité physique. D'avoir mal, pour de vrai. Le Fight club, par cette divulgation de soi se donne pleinement comme une École philosophique. Introduction de l'homme dans le réel. Prise de conscience. Révélation. Indicible "mystique" du coup reçu et du coup donné, qui éclairent la vie d'une toute autre lumière. Le corps guide de l'esprit, telle est la philosophie du voyou."


Raphaël et Olivier Saint-Vincent, Manifeste du philosophe-voyou

10/27/2016

Morale de la bourgeoisie


 "Il vaut mieux être un chien vivant qu'un lion mort". Elle oublie qu'avant d'être mort le lion était vivant et lion.
Aristocrates et paysans acceptaient que leurs fils allassent à la mort. Le bourgeois, lui, "planque" ses enfants car le courage ou l'obéissance ne sont pas son lot. Pour l'aristocrate : "Si mon fils est un lâche, mon nom est souillé" et pour le paysan : "Si je ne défends pas ma terre, l'ennemi l'annexera". Pour le bourgeois : "Si mon fils est tué, qui héritera de mon or et qui prendra la succession de mon commerce ?"

Jean Cau, Les écuries de l'occident

10/02/2016

La première vertu révolutionnaire


" La première vertu révolutionnaire, c'est l'art de faire foutre les autres au garde à vous. " Jean Giono

Pour bien rire dans les tranchées


« Un livre qui, après avoir tout démoli, ne se démolit pas lui-même, nous aura exaspérés en vain. » - Emil Cioran, Syllogismes de l’amertume


Faites la guerre

Roger Nimier Hssard Club


"Élevés dans une ère de sécurité, nous avions tous la nostalgie de l’inhabituel, des grands périls. La guerre nous avait saisis comme une ivresse." Ernst Jünger

C'était dessiné en traits précis, le bonheur prévu.

C'était ma bien-aimée. Je la suivis dans sa chambre. Il lui restait à mettre du vernis sur ses doigts de pieds. J'avais déjà quelques droits pour assister à ces cérémonies. Je regardais sa forme courbée autour de son pinceau et de ses orteils. Le vernis brillait. et sa voix, son regard gentil pour me dire :"Please, sit down”. C'était dessiné en traits précis, le bonheur prévu. Voilà.“ Roger Nimier

Qui est contre nous ?


Si spiritus pro nobis, quis contra nos ?
Gabriele d’Annunzio (1863-1938)

8/09/2016

Elégance et insolence


Des visages, des figures


« Des visages, des figures
Dévisagent, défigurent
Des figurants à effacer
Des faces A, des faces B
Appâts feutrés
Attrait des formes
Déforment,altèrent
Malentendu entre les tours
Et c'est le fou
Qui était pour
Premier abord
Homme à la mer
Hommage amer
Un chat viré
Par dessus bord
Désert, des grands airs
Doute entier, doute entier
Auquel peuvent s'ajouter
Des oiseaux mazoutés
J'ai douté des détails, jamais du don des nues
J'ai douté des détails, jamais du don des nues
Des corps, des esprits me reviennent
Des décors, des scènes, des arènes
Hantez, hantez, faites comme chez vous, restez
Si tout devient opaque
Ma reine, ma reine
J'ai bien aimé ta paire de claques
Et surtout ton dernier baiser
Des visages, des figures »
Noir Désir, Des Visages Des Figures

7/28/2016

Regretter, c'est admettre que l'on s'est trompé.

“Non, je n'avais pas de remords de mes actes passés. Le remord n'est qu'un épouvantail planté par la morale aux frontières du mal. Regretter, c'est admettre que l'on s'est trompé.”
Jacques Mesrine

Panier à salade


« Être gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé par des être qui n’ont ni le titre, ni la science, ni la vertu. Être gouverné, c’est être à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C’est sous prétexte d’utilité publique et au nom de l’intérêt général être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre réclamation, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné,fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. »
Pierre-Jospeh Proudhon.

Tout acte a le goût du sang



... le meurtre est la plus grande préoccupation humaine, et tous nos actes dérivent de lui...


Octave Mirbeau

Les joies simples




"Putain merde ! Tu vois ! Quand on nous fait pas chier, on s'contente de joies simples !" 

Dialogue du film "Les Valseuses", écrit par Bertrand Blier et Philippe Dumarçay